L'Ethique Barbare

Les Archives de la “Grande Défaite Démocratique” (2007-2030) : V - La lettre de Vrak

 

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Par l’Archiviste Principal pour la Commission de Vérité et de Refondation (mandat populaire période 2032-2036 : 0x0a6d0a7c5b0b1f8b6b2c2e0f2d2e2e8f1a1d1c1b0a0908a70605040302010000, Centre de Mémoire Constitutionnelle du District autonome de Bordeaux.


 

Note de l'Archiviste — Document 28-D

Le texte qui suit fut publié le 23 mars 2031, six jours après la lettre ouverte d'Amara Diallo-Vernet, sur plusieurs plateformes numériques indépendantes et réseaux militants. Son auteur un Mumeiste notoire, connu uniquement sous le pseudonyme VRAK, était alors détenu à la maison d'arrêt de Fresnes, incarcéré depuis le 4 février 2031 pour dégradation de biens publics et privés — soit une série de graffitis, des Mumeï devenus viraux, réalisés sur les façades de plusieurs ministères et sièges sociaux entre octobre et janvier. Le texte fut diffusé par ses proches depuis l'extérieur, à partir de notes manuscrites transmises lors des visites. Il circula en quarante-huit heures sur l'ensemble des réseaux militants francophones, puis au-delà. VRAK ne fut jamais identifié publiquement. Son nom légal ne figure dans aucune archive accessible.

Nous reproduisons cette correspondance ici sans modification, y compris ses irrégularités typographiques.


 

Nos mots. Notre pensée. Réponse à Amara Diallo-Vernet Par VRAK Fresnes, mars 2031

Amara.

Je t'ai lue depuis ici. On m'a passé le journal en douce, plié en huit, l'encre un peu effacée. J'ai lu trois fois. Tu as raison sur tout.

Maintenant laisse-moi te dire ce que tu n'as pas dit.


 

Ils nous ont volé les mots.

Pas hier. Pas d'un coup. Lentement. Méthodiquement. Avec la patience de ceux qui savent qu'ils ont le temps parce qu'ils contrôlent les horloges.

*Liberté* — vidé.
*Égalité* — vidé.
*Service public* — vidé.
*Démocratie* — vidé.
*Citoyen* — vidé.

Des coques. Des emballages sans produit dedans. Des mots qu'on prononce encore par habitude, comme on dirait le nom d'un mort sans réaliser qu'il est mort.

Et nous — nous avons continué à les utiliser. Parce qu'on ne nous en avait pas donné d'autres. Parce qu'on ne savait pas qu'on pouvait en forger. Parce qu'on avait fini par croire que les mots appartenaient à ceux qui les imprimaient.


 

Qui sont les voleurs ?

Pas un parti. Pas un homme. Pas un complot qu'on pourrait démanteler en arrêtant les bonnes personnes.

Les voleurs sont des forces.

La corruption — qui transforme le bien commun en butin. L'intérêt personnel — qui rétrécit le regard jusqu'à ne plus voir que soi. La haine de l'autre — qui découpe le peuple en morceaux ennemis. L'indifférence — la pire. Celle qui regarde et hausse les épaules. Celle qui dit c'est comme ça comme si c'était une loi de la nature et non le résultat de choix faits par des hommes pour des hommes.

飽 Aku

Ces forces-là n'ont pas de visage. C'est pour ça qu'elles sont si difficiles à combattre. On ne peut pas les mettre en prison — moi si, elles non.


 

Te proteger Graffiti light

Te protégerTe contrôler (Mumeï attribué a Vrak et devenu viral (note de l'Archiviste).

 

Moi je peins sur les murs.

Tu sais pourquoi ?

Parce que le mur appartient à tout le monde et à personne. Parce que quand j'écris RÉSISTE sur la façade d'un ministère, je reprends un centimètre carré de territoire mental. Je dis : ce mot existe encore. Ce mot a encore un corps. Ce mot résiste à sa propre disparition.

Un graffiti c'est un mot qu'on cloue dans la réalité pour qu'il ne s'envole pas.

Ils m'ont mis en prison pour ça. Pour des mots sur des murs. Réfléchis à ce que ça dit.


 

Amara dit : questionnez les mots qu'on vous impose.

Je dis : reprenez-les. De force s'il le faut.

Pas avec la violence des corps — avec la violence de la présence. Dites liberté et faites en sorte que ça brûle encore. Dites égalité et faites en sorte que quelqu'un rougisse en l'entendant. Réinvestissez les mots vidés comme on réinvestit une maison abandonnée — avec du bruit, avec de la chaleur, avec la vie désordonnée de ceux qui habitent vraiment.

Nos mots sont nos maux. Ce qu'on ne peut pas nommer, on ne peut pas le soigner. Ce qu'on ne peut pas nommer, on ne peut pas le combattre. Ce qu'on ne peut pas nommer, on finit par croire que ça n'existe pas.

 


 

Regagnons la souveraineté de nos mots. Regagnons la volonté de notre pensée.

Ce n'est pas une métaphore. C'est le seul territoire qui nous reste vraiment. Et personne ne peut nous l'interdire — pas même les murs de Fresnes.

VRAK Maison d'arrêt de Fresnes, mars 2031

 


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The human knew what it wanted. The machine had the perfect words for it. They married and produced this stuff. Imprimatur is human. Neither had the meaning — that part is yours.


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